Les nouvelles études


LE DECROCHAGE
SCOLAIRE EN PROVENCE-ALPES-CÔTE D’AZUR

Réalités territoriales, enjeux et propositions d’actions pour la Région

En France, en 2016, 98 0001  jeunes, âgés de 16 à 25 ans, ont été comptabilisés comme décrocheurs. Pour rappel, l’Éducation nationale considère comme «décrocheur», tout jeune de plus de 16 ans sorti du système de formation initiale sans avoir obtenu de qualification équivalente au baccalauréat ou de diplôme à finalité professionnelle (CAP/BEP).
Ce flux continuel de jeunes sortis sans diplôme2 pose le difficile problème de leur insertion sociale et professionnelle tant le diplôme, la qualification, les compétences transversales et la maîtrise des fondamentaux sont aujourd’hui importants pour l’accès à l’emploi. On note également que ces jeunes sortis sans diplôme occupent essentiellement des emplois peu pérennes et très peu qualifiés relativement aux emplois occupés par les diplômés.
Les dernières statistiques concernant la région Provence-Alpes-Côte d'Azur font état  d’environ 13 700 jeunes en situation potentielle de décrochage en 20163. A noter que ces jeunes en décrochage sont issus pour 48% des lycées professionnels, pour 26% des lycées généraux et technologiques et pour 16% des collèges. 


Autre donnée importante, sur les 13 700 potentiels décrocheurs, 9 000 jeunes sont de réels décrocheurs qui pour 32% ont déjà une solution, 30% est pris en charge par les plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs et enfin 33%  refuse tout accompagnement ou sont injoignables (soit 2 970 jeunes en 2016). Le décrochage scolaire est un phénomène complexe qui recouvre des réalités différentes et a des origines très diverses. Il peut avoir pour origine le système éducatif et l’environnement scolaire, des problématiques familiales, économiques et sociales souvent interdépendantes, le manque d'offres de formations de proximité sur certains territoires mais aussi l'impossibilité pour de nombreux jeunes de se déplacer et de se loger (zones rurales et périurbaines).


Concernant la région PACA, les travaux de l’INSEE ont montré une corrélation forte entre décrochage scolaire et origine sociale modeste et conditions de vie des familles. Ainsi, les territoires où les difficultés socio-économiques sont les plus élevées sont très souvent ceux dont les jeunes sont davantage qu’ailleurs sans diplôme.
Le travail réalisé par le Céreq4 en 2016 sur les deux académies régionales a également confirmé l'impact fort des caractéristiques économiques et sociales sur les risques d’échec et de  décrochage scolaire des jeunes. Il a pointé particulièrement pour notre région, certains facteurs très discriminants : appartenance à une famille monoparentale, ménages en logement social, faible niveau de revenus. Le Céreq a ainsi établi une géographie des territoires à risques pour les jeunes d’une sortie précoce de formation initiale sans obtention de diplômes :
- ceux où se cumulent toutes les fragilités économiques, familiales et culturelles : basse vallée du Rhône, pourtour de l’Etang de Berre, certains quartiers de Marseille avec des disparités importantes au sein des arrondissements, Toulon, Le Luc
- de petites et moyennes communes soumises à une forte précarité économique (part de chômage élevée, précarité de l’emploi et revenu médian faible) ce qui fait peser un risque sur les jeunes en formation. Les territoires identifiés sont le Nord-Est du Vaucluse, les Alpes-de-Haute-Provence, une grande part du Var.

 

 

LES PROPOSITIONS DU CESER Paca

Dans le prolongement de l’avis du 14 février 2017 sur «la Rupture des Contrats d’Apprentissage en région», ont été identifiés quatre axes d’intervention sur lesquels le Ceser Paca souhaite que la Région et ses partenaires interviennent pour une meilleure prévention et lutte contre le décrochage scolaire et une amélioration des collaborations entre les acteurs concernés. Une quarantaine de propositions d’actions détaillées figure dans l’avis et le rapport correspondant5.


Axe 1 : Renforcer et partager une expertise territoriale

Une connaissance fine et approfondie, à des échelles infra-territoriales, des spécificités des territoires les plus impactés et des réponses apportées en termes d’offres de formations nous paraissent indispensable. Aussi le CESER préconise :
• D’organiser des Assises régionales du décrochage scolaire en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
• De réaliser une analyse fine et partagée des bassins d’éducation et de formation où les situations de décrochage scolaire sont les plus marquées
• De réévaluer l’offre régionale de formation professionnelle initiale de proximité au regard des besoins de territoires qui ne sont pas couverts, du tissu économique et des demandes des familles.
• De rééquilibrer la carte des formations initiales.


Axe 2 : Prévenir et agir sur les inégalités scolaires dès le plus jeune âge

Plus la prise en charge du décrochage est retardée, plus le coût est important et durable pour la collectivité. Pour le CESER, il paraît donc essentiel que la Région, chef de file en matière de jeunesse, se dote d’une politique ambitieuse de soutien aux actions et dispositifs en amont du décrochage pour sa prévention et son traitement au plus tôt.

• Soutenir des initiatives innovantes auprès des jeunes les plus en difficultés.
• S'assurer que dans chaque établissement soit désigné un adulte référent
• Collaborer davantage avec les structures associatives et s’appuyer sur les fédérations de parents d’élèves.
• Amplifier les programmes de réussite éducative


Axe 3 : Accompagner chaque jeune dans la construction de son projet individuel d’orientation et sécuriser les parcours

Au collège et lycée, chaque jeune reçoit l’injonction de s’orienter et de faire des choix en fonction de ses motivations, de ses résultats scolaires et des formations qui lui sont accessibles. Or se construire un projet d’orientation scolaire et professionnelle nécessite un temps de maturation, d’exploration, de réflexion et d’échanges entre l’élève, les familles, les équipes éducatives. Ce temps de préparation à l’orientation n’est ni pris en compte assez tôt dans le cursus du collégien ni organisé de manière  systématique.
C’est une des raisons pour lesquelles de nombreux jeunes optent au final pour une orientation qui s’impose à eux  bien plus qu’ils ne l’ont choisi : proximité géographique d’un établissement, places qui restent disponibles.

• Renforcer et accompagner l’orientation scolaire dans les établissements
• Valoriser le service public régional de l’orientation (SPRO)
• Mobiliser l’ensemble des acteurs à un accompagnement global et personnalisé des jeunes  
• Développer les passerelles et le retour en formation pour sécuriser les parcours


Axe 4 : Lever les freins à l’accès à la formation : hébergement, logement et mobilité

• Avoir une visibilité régionale et infrarégionale sur les besoins des lycéens et apprentis en matière de logement et d'hébergement
• Mener une étude conjointe avec les Rectorats sur l’adéquation entre l'offre d'hébergements (CFA, Lycées, Résidences Habitat Jeunes) et l’implantation des offres de formations.
• Optimiser les taux d’occupation (taux d’occupation de 75% en moyenne sur PACA)  des places en internats.
• Favoriser l’hébergement en internats pour les enfants des familles les moins favorisées par des coûts d’hébergement qui restent acceptables et maîtrisés.
• Mutualiser les places d’hébergement en internats afin qu’elles bénéficient également aux apprentis.
• Planifier dans le cadre du PPI les besoins de constructions de places d'internats dans les territoires très en tension ainsi que les besoins de rénovations
• Soutenir le développement des résidences sociales d’Habitat Jeunes
• Faciliter l’accès au logement autonome des jeunes en formation.
• Mettre en cohérence intermodale les offres de transport régional qui desservent les établissements d’enseignement et de formation
• Expérimenter un « Pass permis » pour la mobilité des apprentis.  

 

Le CESER souhaite rappeler que la Jeunesse est une compétence partagée et que la Conférence Territoriale de l’Action Publique reste le lieu où les choix politiques et le maillage des dispositifs et des partenariats entre tous les acteurs doivent être renforcés et partagés.

 

1  L’objectif de l’Education nationale est de passer à moins de 80 000 pour la rentrée  2017. Leur nombre était de 140 000 en 2010 et de 107 000 en 2015.
2  Ce flux annuel vient s’ajouter à un « stock » de 550 à 600 000 jeunes sortis précédemment sans diplôme.
3  Source : Académies d’Aix-Marseille et de Nice.
4  «Atlas académique des risques sociaux d’échec scolaire : l’exemple du décrochage»  Céreq et MENESR-DEPP, septembre 2016.

5 www.ceserpaca.fr/ses-commissions-et-ses-etudes/lycee-patrimoine-et-investissements-regionaux.html

 

Le CESER PACA

Institution de la République chargée d'éclairer les décideurs régionaux

Le CESER est une institution de la République présente dans chaque région de France. Il est chargé d'éclairer les décideurs régionaux, au premier rang desquels le Conseil régional, sur le développement d'une stratégie territoriale efficace par une vision...

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